jeudi 27 mars 2008

à lire...

 J'ABANDONNE de Philippe Claudel (Gallimard/Folio 2002)

Incontournable.

"D'un signe, mon collègue me fait comprendre qu'il est encore trop tôt, qu'il vaut mieux attendre encore si nous voulons avoir une chance. Les hyènes que nous sommes ne sont jamais pressées. Elles tournent des heures autour de leur proie en attendant qu'elle faiblisse et se couche. C'est pourquoi nous ne présentons notre demande que lorsque le client est allé au bout, tout au bout de son chemin. C'est quand il est bien tendre, comme dit mon collègue, qu'il faut bondir et le dépecer. Et nous bondissons. Mais aujourd'hui, je ne veux plus bondir."

jeudi 20 mars 2008

Amis artistes,

Pensez-vous que le type qui a inventé le frigo-qui-dure-toute-la vie est retenu prisonnier quelque part par les multinationales de la réfrigération qui ne veulent à aucun prix perdre le bénéfice du juteux marché du frigo-à-durée-de-vie-déterminée ?

Pensez-vous qu'une entreprise pharmaceutique pourrait commercialiser un médicament révolutionnaire, tout en connaissant certaines contre-indications dangereuses pour la santé de ses consommateurs, ceci uniquement par profit ?

Pensez-vous qu'un état pourrait délibérément en balayer un autre et provoquer la mort de milliers de personnes au nom de la seule sauvegarde de ses intérêts ?

Nous pourrions dresser un joyeux catalogue des étranges comportements de l'être humain, et nous pourrions nous fâcher ! mais nous préférons croquer la vie, insouciants et rieurs, les orteils en éventail sur la plage de nos existences. D'accord, c'est bien naturel, et c'est bien humain aussi. Mais...

Ne trouvez-vous pas étrange qu'aujourd'hui l'on s'identifie de plus en plus souvent par l'appartenance ou la non-appartenance religieuse plutôt que par nos pratiques et nos qualités ? Que l'on soit religieux ou non, ces convictions-là relèvent de l'intime et de la vie privée de chacun, en aucun cas elles n'ont à être brandies comme des étendards. Triste époque...

Peut-être est-ce la faute de l'Utopie, l'Utopie, digne héritière d'Eole, un temps prompte à gonfler nos voiles, ne gonfle plus rien du tout aujourd'hui. L'habile à mener les hommes ne lève plus le poing. L'Utopie, chère disparue, gît dans les temples de la consommation, dans les mains des sans travail et des sans noms, elle repose sur le béton des villes, dans les cages des élevages industriels, dans les champs modifiés des exploitations agricoles, dans les forêts décharnées, les mers souillées, dans les yeux de la misère, dans les yeux des enfants esclaves, ou dans ceux des enfants soldats... L'Utopie rend son dernier souffle, battue à mort, laissée pour morte, et finalement dépecée par la puissance sidérante de l'argent.

Nous sommes en bien piteux état, multitude de "moi je " dans une société morcelée, où les individus, orphelins du "nous", s'affrontent sans pitié. Les seules réponses qui comptent aujourd'hui sont : oui et non. Cauchemar binaire... Entre ce oui et ce non, s'étend l'immense territoire de la pensée, l'espace du doute et de la remise en question. Il y a péril en la demeure lorsque n'existe plus que les bons et les méchants, très grand péril lorsque les discours de ceux qui nous gouvernent empruntent des sens uniques...

Les règles sont faites pour ordonner le fonctionnement de nos sociétés, mais elle sont aussi faites pour qu'on les transgresse. S'il nous reste un espoir aujourd'hui d'offrir un monde différent à nos enfants, il est là, dans la désobéissance et l'invention, dans la transgression et le progrès.  Combien de fois avons-nous refusé, combien de fois nous sommes-nous opposés, combien de fois nous sommes-nous battus dans nos existences ? Plus que jamais, nous avons le devoir d'interroger ce monde, le devoir de l'interpeller, de le secouer, de lui remettre la tête entre les deux oreilles, de lui refaire la denture, de produire de la parole, du discours et du sens. Le devoir de refuser de vivre dans une société partagée entre ceux qui possèdent et ceux qui ont de moins en moins, qui finiront par ne plus avoir : les "sans". Aboutissement, prévu, d'une logique implacable.

Amis, nous n'avons que la poésie pour attaquer les murs de la citadelle, il faut la brandir par-dessus de nos têtes, qu'un vent se lève poussé par ses ailes déployées - il faut écrire encore et encore, il faut jouer, il faut danser, il faut peindre, il faut sculpter, il faut filmer, qu'un vent se lève et ravive au coeur des publics l'envie de changer le monde.

Stanislas Cotton 2006-2008


mardi 18 mars 2008

AUTEURS EN SCENE(S)

Quand des auteurs de théâtre de Communauté françaises de Belgique prennent la pose et s'exposent...
Un ouvrage du Centre des Ecritures Dramatiques Wallonie-Bruxelles
Photographies Alice Piemme

vendredi 14 décembre 2007

"Il faut admettre qu'on ne sait rien, cot, cot, cot, comme disent les poules."
Witold Gombrowicz



"SI J'AVAIS SU J'AURAIS FAIT DES CHIENS" - Création

Les 10, 11 et 12 mars 2008
Au Fanal - Scène Nationale de Saint-Nazaire
Mise en scène Vincent Goethals
avec Anna Lien, Caroline Mounier, Sébastien Amblard et Jonathan Heckel


EXTRAIT :

(...)
ANGELINE PATATRAS
Une petite fille
Me voilà baptisée Angéline
Les dents de travers et maigrichonne
Ni première ni dernière à l'école
Bien gentille
Bien proprette
Bien polie La fillette
Je m'attelle à la tâche
Je travaille J'étudie
Mon père et ma mère me bourrent bien le crâne

MONSIEUR PATATRAS
Compter c'est important Mets-le-toi-le-bien-là

Angéline se tape du plat de la main sur la tête.

MADAME PATATRAS
Ecrire et réfléchir Mets-le-toi-le-bien-là

Idem.

ANGELINE
Mets-le-toi-le-bien-là

MONSIEUR PATATRAS
L'important aujourd'hui est de devenir quelqu'un

ANGELINE
Ah Oui Je vois je vois
Je ne vois rien du tout Oui

MADAME PATATRAS
Propre Respectable Respecté

ANGELINE
Respectable
En pleine messe du dimanche
Maman C'est quoi cette odeur de bière
Maman C'est toi qui sent la bière Maman
Maman La bière C'est qui C'est toi
La gifle claque
Les trois-quarts des bons chrétiens
Coiffés Peignés Serrés du cul
Fusillent ma mère
Quelle sale gamine Une vraie tueuse l'Angéline Non
(...)

jeudi 13 décembre 2007

"BUREAU NATIONAL DES ALLOGENES"




Les 19 et 20 décembre 2007
Maison de la Culture de Bourges, Scène Nationale
Mise en scène Vincent Goethals,
avec Baptiste Roussillon, Tadié Tuéné et Solo Gomez





Baptiste Roussillon             Crédit : Eric Legrand

EXTRAITS :

RIGOBERT RIGODON

(...)
Je m'appelle Rigobert Rigodon
Je suis le monsieur à la tripaille lézardée qui est assis sur les chiottes
C'est la kermesse aux boudins La foire intestinale
Croyez que je suis désolé de vous imposer les toilettes
Encore que
Encore qu'entre ce que l'on dit et ce que l'on pense
Points de suspension
Mais rien ne vous oblige à rester
Vous pouvez m'attendre dans le couloir Vous y asseoir
Encore faut-il que je sorte
Encore le faut-il
Par la porte
Sortir
Et peut-être n'aurais-je alors plus rien à dire
Ou peut-être alors tout sera-t-il dit
Et tout dire c'est beaucoup
C'est la somme des éblouissements et des vomissures
C'est faire le compte des rêves et des cauchemars
Rassembler les tessons et s'écorcher les souvenirs
Faut les voir les gravats des bouts de vie mal passées
Belvie et Malvie
D'avant 
(...)
-------------------------------------------------------------------------------------------------

L'AUTRE SANS FEU NI LIEU

(...)
Homme du Nord demande le nom
C'est beaucoup
Mon nom ne se donne comme ça
Il n'est pas comme le papillon qui va de fleur en fleur
Ne traînaille ni vadrouille
C'est quelque chose un nom
Ne se donne pour rien
Que me donnes-tu
Me donnes-tu ton nom Homme du Nord
Donne-moi ton nom Tu connaîtras le mien
Si non Montre-moi le signe qui dit que tu mérites le don du mien sans que je sache le tien
Si non Donne-moi ton nom
(...)


"LE VENTRE DE LA BALEINE" - Création

Valérie Dablemont       Crédit : Spike

En 2008,
Le 1 mars au Centre Culturel d'Amay (Belgique)
Le 8 mars, Ville de Lillers (62)
Le 29 mars, Thouarcé/Pays de Layon (43)
Le 1 avril, Théâtre des Tisserands - Lomme (59)
Le 9 mai, Athanor - Centre Culturel de Guérande (44)
Le 3 juin, Scènes Mitoyennes de Caudry (59)



Valérie Dablemont             Crédit : Spike



EXTRAIT :

APHRODITE
(...)
Motus moi Bouche cousue
Je suis au bord de moi-même
Assise du bout des fesses
A faire celle qui n'est pas là
Je ne veux voir personne
A peine moi-même
Je n'aime pas me regarder en face
Je ne supporte pas les éclats Les brisures
La jonchée de ma vie fracturée Sur le sol
Motus Bouche cousue
(...)